France

UK
HISTOIRE DE LA REGION
Accueil

1780 - 1850 : La Révolution
1850 - 1900 : L'autre révolution
1900 - 1950 : Les deux Guerres
1950 - 2000 : Le second souffle




1780 - 1850 : La Révolution
Baraigne vécut la Révolution à travers une alternance de calmes relatifs, que lui procurait son isolement, et les violentes visites que lui firent les fervents révolutionnaires de la plaine.
Le château et l'église furent pillés, les archives détruites.
Les seuls témoignages qui nous sont parvenus de Baraigne à cette époque sont ceux de la mémoire religieuse.
En 1789 l'abbé Canut, curé résident, était originaire de Montferrand. Lorsque l'Assemblée Nationale décrèta la constitution civile du clergé, il prêta serment à la Constitution.
Devenu "prêtre jureur", il était considéré comme un citoyen ordinaire.
Désigné comme membre du conseil municipal, il fut chargé en 1792, de tenir le nouvel état civil. Il continua comme il le faisait par le passé, d'inscrire les baptêmes, les mariages et les enterrements.(6)
Etait-ce à cause de son grand âge ou du climat trouble d'alors, en 1793 il se retira chez lui, à Montferrand.(7)
Mais la principale trace que laissa la Révolution dans la région fut administrative.
Baraigne-Montferrand

Les Etats Généraux - Les députés aux Etats Généraux furent élus dans les sénéchaussées de Carcassonne, Castelnaudary et Limoux. Des réunions préparatoires eurent lieu dès le mois de février 1789. Les communes, les sénéchaussées préparèrent leur cahier de doléances, plaintes et remontrances.
La sénéchaussée de Castelnaudary fut représentée aux Etats généraux par un député du clergé, un de la noblesse (le marquis de Vaudreil), deux du Tiers-Etat (dont Martin d'Auch).

Le cahier de Doléances - Il affirmait le plus profond respect pour le Roi et pour la religion catholique, mais demandait pour les protestants l'état civil et l'accés aux fonctions administratives, sauf pour la justice, la police et l'enseignement public.
Il demandait que fussent fixés, par une loi solennelle, le retour périodique des Etats Généraux, le vote de l'impôt, la liberté individuelle, la responsabilité personnelle des ministres, la suppression des gabelles, la réforme de la justice, la liberté commerciale et industrielle, etc...

La création du département - Le département fut créé le 29 janvier 1790. Ses limites en furent approuvées par tous les représentants de la région et par les députés de l'Albigeois et du pays de Foix, connaissant parfaitement le pays. Dans l'ensemble, le département fut constitué par les diocèses audois. Cependant 9 communes furent enlevées au diocèse de St Papoul pour être réunies aux départements de la Haute-Garonne et du Tarn, dont Avignonet; 29 communes au diocèse d'Alet, au profit de l'Ariège et des Pyrénées Orientales; 6 communes du diocèse de Narbonne au profit de l'Hérault. Mais l'Aude reçut en échange 56 communes du diocèse de Mirepoix.(13)

1 esquisse du département
Pendant ces travaux, les députés chargés de l'opération furent assaillis d'interventions de communautés villageoises souhaitant les uns leurs rattachement au département de Carcassonne, les autres à un autre département.
Baraigne, historiquement attaché par ses seigneurs, à Avignonet, Aux Cassés et à Montgiscard, sera de ceux là et demandera à être rattaché à la Haute-Garonne.
Mais le peu de population à ce moment là, ne pèsera pas, et la commune fut rattaché le 6 Décembre 1790 au canton de Salles sur l'Hers.
Avignonet, jusque là administré par la sénéchaussée du Lauragais à Castelnaudary, quitta définitivement la région pour le nouveau département de la Haute-Garonne.

Le département initial était plus vaste, puisqu'il s'étendait sur le territoire actuel de l'Ariège.(10)
La place de Chef-lieu de département fut disputée, et il fut question, dans un premier temps d'instaurer une alternance entre les principales villes, finalement Carcassonne par sa position géographique obtint gain de cause bien qu'à ce moment là sa population fut inférieure à celle de Narbonne.
Le 3 juin 1790 se déroula à Carcassonne une grande fête patriotique, et les trois couleurs, devenues l'emblème de l'unité nationale, y furent acclamées : des délégués des gardes nationales du département défilèrent et l'on crut la Révolution achevée : elle commençait à peine.

Les principaux évènements - Les troubles qui éclatèrent de 1792 à 1795 eurent pour cause le ravitaillement en céréales et la question religieuse.
Beaucoup de blé circulait sur le canal du midi en direction du Bas-Languedoc. En août 1792, les populations du Cabardès, redoutant la famine, se portèrent sur le port du Fresquel pour empêcher l'expédition des grains, puis menacèrent Carcassonne et massacrèrent le procureur général Verdier. Les chefs de l'émeute, Jeanne la Noire et deux hommes furent arrêtés et guillotinés le 1er septembre 1792 à Carcassonne.
La question religieuse prit rapidement un caractère assez grave, car parallèlement à la création des départements, l'organisation ecclésiastique fut remaniée selon le principe d'un évêché par département.
Narbonne, qui avait cédé sur l'implantation du Chef-lieu de département, réussit cette fois à obtenir le siège épiscopal, au détriment des évêchés de Carcassonne, Alet et Saint-Papoul, qui furent supprimés.
L'Assemblée Constituante ayant procédé à la suppression des couvents et des monastères, les antiques abbayes disparurent. Les membres du clergé désignés par l'élection, devaient prêter serment à la Constitution. Ce fut l'occasion de scènes pénibles au moment de l'élection et surtout au moment du serment. De nombreux prêtres réfractaires se cachèrent dans les montagnes et essayèrent de passer en Espagne. L'un d'eux arrêté dans l'arrondissement de Limoux, fournit la seule victime de la Terreur dans le département. Mais plusieurs Audois furent exécutés à Lyon et Paris; le plus connu fut Fabre d'Eglantine, député de la Convention qui avait pourtant créé les noms des mois du calendrier révolutionnaire.

Les conséquences de la Révolution - Si certains actes révolutionnaires, les uns utiles et glorieux (fêtes patriotiques, défense du territoire), les autre condamnables (incendie des Archives de la Cité de carcassonne et des reliques de la cathédrale de Narbonne) attirèrent surtout l'attention des contemporains, la Révolution eut surtout des conséquences économiques profondes par la suppression des droits féodaux et la mise en vente des biens du clergé et des émigrés.
Soulagés de la dîme, les paysans travaillèrent pour eux et la situation des propriétaires s'améliora vite.

Le Consulat et l'Empire - Le 26 Novembre 1791, à l'initiative du conseil de département, le district de Castelnaudary remania ses cantons. Baragne passa du canton de Salles sur l'Hers à celui de St Michel de Lanes nouvellement crée. Cette répartition dura jusqu'à l'an IV (1795).
Sous le consulat de Bonaparte, la loi du 28 pluviose, an VIII, modifia les divisions administratives. Le département compta quatre arrondissements et 31 cantons, et reçut l'administration financière et judiciaire qui a subsisté, presque sans modification jusqu'à nos jours.
En 1800, le Concordat transféra l'évêché de Narbonne à Carcassonne.
Enfin, le 4 Novembre 1801 (13 Brumaire an X), le canton de St Michel de Lanes fut supprimé. Baragne rejoingnit celui de Salles sur l'Hers et le canton se trouva formé des 14 communes que l'on connaît aujourd'hui.

La situation économique - Plus qu'une victoire de la gauche dans la région, les élections de l'an VII (1799) marquèrent le désarroi de l'opinion. La désagrégation de la situation économique, les défaites et surtout la conscription qu'elles entraînaient, multipliaient les mécontents.
Des insurgés royalistes assiégèrent Toulouse. Seuls les cantons limitrophes de la Haute-Garonne, en particulier Gaja et Salles prirent une part timide à l'insurrection.
De Labastide d'Anjou à Castelnaudary et Carcassonne, les colonnes de la Garde Nationale témoignèrent par leur intervention de la solidité des positions républicaines et rétablirent l'ordre. (11)
Cependant des bandes de hors-la-loi tenaient toujours la campagne... "Elles rassemblaient tous les débris de l'ancien et du nouveau monde, fraudeurs et insoumis, déserteurs de l'armée républicaine, survivants des insurrections royalistes, nobles tombés et brigands de grand chemin..."
Cette terreur rurale était plus ou moins diffuse dans toute la France. (8)
Baraigne eût sa tragédie dans la nuit du 12 au 13 Octobre 1802 (21 au 22 Vendémiaire, An X).
"Une bande de 22 brigands attaqua le meunier et sa femme au vieux moulin pour les dévaliser. Un jeune charpentier se trouvait également avec eux. Malgré leur résistance la femme finit par avouer, pour avoir la vie sauve, où se trouvait dans le galetas une somme d'argent assez considérable. Le forfait accompli les bandits les égorgèrent tous pour obtenir leur silence. Mais le jeune charpentier avec la jugulaire tranchée pût se traîner au village donner l'alerte et décrire ses assassins. Il mourût le lendemain.
Les auteurs et complices au nombre de 19 furent arrêtés dans les communes de Salles, Mas St Puelles, Castelnaudary, St Michel de Lanes et Avignonet. Trois seulement s'échappèrent." (9)
Pourtant en ce début de XIXe siècle, les soubresauts de la Révolution s'apaisant, la région connut une véritable explosion démographique. En 1812 Baraigne eut une population record de 241 habitants.
Le département possédait une abondante jeunesse et dés que l'ordre régna, la situation agricole fut en net progrés. La surface cultivée s'accroissant sans cesse par des défrichements souvent abusifs. Les biens communaux des villages furent vendus et de nombreuses forêts disparurent.
Dans nos campagnes totalement agricoles, se fut la généralisation du métayage. Tous les propriétaires grands et petits utilisèrent une main-d'œuvre abondante louée à l'année, toujours à partir de la Toussaint. Cette période modela la campagne que l'on connaît aujourd'hui. Toutes les terres cultivables furent travaillées.
On fit de nouvelles routes. Le canal du Midi fut dévié pour passer devant Carcassonne qui eut ainsi son port.

La fin de l'Empire - En 1814, après vingt années de fièvre révolutionnaire et conquérante, la France est attaquée de tous côtés. Sur la frontière des Pyrénées, le général anglais Wellington avec moins de 100 000 hommes, a dés octobre 1813, forcé le passage de la Bidassoa et lentement grignoté le territoire malgré les efforts du Maréchal Soult. Tandis qu'en Roussillon, le Maréchal Suchet contenait à grand peine les espagnols.
Une sanglante bataille eut lieu à Toulouse le 12 avril 1814 et fit 12 000 morts. L'armée du Maréchal Soult forte de 30 000 hommes ne put que battre en retraite et se replia sur Castelnaudary avec l'intention de gagner par Fanjeaux la haute vallée de l'Aude afin d'attirer les anglais dans les montagnes.
Elle prit position sur les hauteurs du moulin de Ste Catherine, et sur les collines du Mas Saintes-Puelles et de Villeneuve, l'artillerie était placée route de Revel afin de pouvoir protéger leur repli dans le cas où l'armée anglaise, qui campait sous les murs de St Felix, serait venu lui couper la retraite.
Le 14 avril, depuis l'Hôtel de Gauzy où il avait établi son quartier général, le Maréchal Soult fit battre la générale. La bataille semblait proche lorsqu'un courrier arriva annonçant le rétablissement des Bourbons et une suspension des hostilitées. Mais Soult repoussa avec dédain le plénipotentiaire de Wellington dont le quartier général se trouvait au château de la Tour d'Auvergne à St Paulet. Il donna cependant mission à un de ses aides de camp de s'assurer de la véracité de l'abdication de l'Empereur intervenue le 6 avril.
Officiellement informé du retour au trône des Bourbons, il se rallia alors à Louis XVIII dans un ordre du jour rédigé à Castelnaudary le 19 avril.
L'armée accueillit avec tristesse la décision de Soult qui signa l'armistice avec Wellington à Naurouze dans la maison de l'Ingénieur du canal. Les soldats, aprés avoir rompu les rangs, jetaient avec rage leur ration de pain, leur équipement, mais il n'y eut aucun incident notable.
Louis XVIII entra à Paris le 3 mai 1814. La veille, le duc d'Angoulême, fils aîné du futur Charles X, était de passage à Castelnaudary venant de Toulouse. Il fut reçu à l'entrée de la ville par les Maréchaux Soult et Suchet commandant l'armée du Roussillon et les maires des communes de la région.
Il passa en revu les 6000 hommes qui étaient restés en garnison et qui bordaient les rues. Au bruit des fanfares et des acclamations le duc se dirigea ensuite dans le quartier de la Baffe jusqu'à l'Hôtel de Monsieur de Tréville où il déjeuna. Cette fête fut suivi le soir d'un feu d'artifice et d'un bal.
Durant les semaines qui suivirent la chute de l'Empire, les réjouissances furent très nombreuses.(15)

Les Cent Jours et la Terreur Blanche - La courte période des Cent-Jours ne fut souillée ni par un attentat, ni par une condamnation. Mais après Waterloo, la fin de l'année 1815 et le début de 1816 furent marqués par une nouvelle période de terreur : le 20 juillet 1815, trois personnes accusées de conspirer contre la royauté, furent guillotinées à Carcassonne. Des dizaines de condamnation à la prison atteignirent des partisans de l'Empereur et des gens qui arboraient la cocarde tricolore. Le roi Louis XVIII mit heureusement fin à la Terreur Blanche en renvoyant "la Chambre Introuvable". Cependant lorsque le 5 août 1830, à la nouvelle de la Révolution de Juillet, le drapeau tricolore flotta librement à Carcassonne, sa vue déchaîna un enthousiasme indescriptible.

Les difficultées économiques et sociales - Le département dont la population n'avait jamais été très calme au cours de l'histoire, eut encore des journées agitées sous la Monarchie de Juillet.
En 1832, à Carcassonne, une querelle entre l'évêque et le curé de St Vincent mit, pendant plusieurs jours la ville en état de siège.
Les idées socialistes "Saint-Simoniennes" rencontrèrent dans l'Aude assez d'adeptes pour permettre la formation d'une église "Saint-Simonienne" à Castelnaudary.
L'agitation, le mécontentement, l'espoir de nouvelles doctrines étaient en grande partie dûs aux difficultées économiques : l'industrie audoise déclinait régulièrement, les salaires, sensiblement plus bas qu'à l'époque napoléonienne, ne permettaient aux ouvriers qu'une vie misérable.
L'agriculture se transformait péniblement. La population était bien plus nombreuse qu'au XVIIIe siècle, le double dans beaucoup de villages. La production agricole n'avait pas augmentée dans les mêmes proportions, les villes n'offraient plus le travail abondant d'autrefois.
Les gouvernements firent cependant un immense effort pour rémédier à cette situation difficile : des sommes considérables furent dépensées pour de nouvelles routes, surtout pour les communications de village à village.
La crise économique prit une allure dangereuse vers 1836. Le préfet demanda au gouvernement des secours pour les ouvriers.
A Carcassonne, les deux principales manufactures qui occupaient 600 ouvriers n'en conservaient que 140. On comptait dans la ville près de 2000 chômeurs et la situation s'aggrava après la foire de Beaucaire où les affaires furent nulles. Il fallut ouvrir des ateliers de charité.
Les ouvriers rendaient souvent les machines responsables du chômage. Elles s'introduisaient peu à peu dans le département de l'Aude. Les machines à filer étaient nombreuses grâce à un anglais directeur d'usine. La transformation industrielle commençait.(13)

Retour
1850 - 1900 L'autre révolution

La Seconde République et le Second Empire - La Révolution de février 1848 et l'établissement de la Seconde République soulevèrent un immense espoir : toutes les classes de la population participèrent pendant quelques semaines à cette joie. L'évêque de Carcassonne engagea le clergé à se rallier au nouveau gouvernement et la bénédiction des arbres de la Liberté fournit de belles manifestations.
Mais l'agitation reprit vite. Le 15 mai 1848, les ouvriers terrassiers des ateliers nationaux, créés depuis le 1er mars, manifestèrent avec violence contre le Conseil municipal et se heurtèrent à la Garde nationale.
L'opinion se passionna pour l'élection du Président de la République. Le nom de Napoléon était demeuré très populaire, et Louis-Napoléon Bonaparte emporta tous les suffrages au plébiscite qui suivit. Le parti républicain restait fort dans les villes. Le coup d'état du 2 décembre 1851 ne fut marqué par aucune manifestation, mais quelques dizaines de personnes furent exilées, emprisonnées ou déportées en Algérie.
Lorsque le Prince Président vint à Carcassonne le 3 octobre 1852, il fut bien accueilli. Il prit, deux mois plus tard, le titre de Napoléon III.

Le développement économique - A la révolution des hommes succéda celle de la science et de la technologie.
Le Second Empire fut une période de prospérité presque générale. Deux causes y contribuérent, le développement des voies ferrées et l'extension du vignoble.
Napoléon III imposa en 1853 le passage de la voie ferrée Toulouse à Cette (Sète aujourd'hui), par l'Aude : il fallut lutter car le département du Tarn proposait de la faire passer par les vallées du Thoré et du Jaur. Le 2 avril 1857, la ligne fut inaugurée, et avec elle, dans la région, la création des gares d'Avignonet, Ségala, Mas Saintes Puelles, Castelnaudary.
L'embranchement Narbonne-Perpignan était achevé vers la même époque et de 1860 à 1870 les embranchements Castelnaudary-Castres et Carcassonne-Quillan furent entrepris. Et dans un premier temps ce nouveau moyen de transport ouvrit d'autres horizons à tous ces "brassiers" sans espoir.
A partir de 1860 la région perdit littéralement la moitié de sa population au profit des villes de Toulouse et Carcassonne qui elles doublèrent la leur. La technologie aidant des pôles industriels se créèrent.
Et cette évolution eut des effets sensibles dans la répartition de la population du département.
Dans un rapport, le Préfet du département signalait le déclin de plus en plus net de l'industrie textile et ajoutait "La vente des produits agricoles et l'enrichissement des pays à vigne ont donné une très vive impulsion à l'exploitation des plâtres et des matériaux de construction. Dans l'arrondissement de Castelnaudary, les fours à chaux travaillent sans arrêt à cause des constructions neuves et des réfections dans le Narbonnais."
Au Ségala une briqueterie s'installa et utilisa la gare pour vendre ses produits.
Au Mas Stes Puelles, ce ne fut pas moins de dix affaires industrielles qui utilisèrent ce nouveau moyen d'exportation : 5 usines à plâtre, 2 usines à chaux et 3 fabriques de poteries.
Mais ce même chemin de fer signa le coup de grâce de beaucoup d'entre elles en apportant à pied d'œuvre et à prix compétitifs, des produits concurrents.
En 1862, le Préfet indique le progrès de l'évolution : "les ouvriers du textile commencent à abandonner la région de Limoux, pour se porter vers le Narbonnais où la culture des vignes se développe. Les ouvriers agricoles font de même".
Le Second Empire, avec ses transformations économiques capitales, a donné au département de l'Aude une grande part de sa physionomie actuelle. Il a aussi assuré la sauvegarde de la Cité de Carcassonne et le début des travaux de réparation, dirigés par Viollet-le-Duc.(13)

La Troisième République - Le département prit une part honorable, avec ses soldats et ses mobiles à la malheureuse guerre de 1870-71 et, pendant la Commune de Paris, Narbonne eut sa semaine insurrectionnelle du 23 au 31 mars 1871. Quelques centaines de personnes participérent au mouvement. Maîtres de l'Hôtel de Ville les insurgés ne résistèrent pas aux troupes qui encerclèrent Narbonne. Après de bref pourparlers ils mirent bas les armes.

La crise phylloxérique - En 1884, un nouveau rapport du Préfet indique "Les manufactures de drap n'existaient pour ainsi dire plus, en effet, la culture rémunératrice de la vigne a réclamé beaucoup de bras et a payé la main-d'oeuvre à chers deniers : les ouvriers ont abandonnés leurs maigres salaires."
Or à ce moment la vigne était à deux doigts de sa ruine. Depuis plusieurs années, le phylloxéra la menaçait de tous côtés. Par bonheur au milieu de la ruine des autre départements, l'Aude demeurait presque indemne. Mais, le danger était tel, qu'un véritable esprit de guerre régnait dans la population.
La marche du fléau fut inéxorable et le rapport préfectoral de 1885 notait : "Hier c'était le bien-être, aujourd'hui c'est le découragement et la ruine semble prochaine."
La crise phylloxérique montra que les paysans audois restaient capables de faire face aux situations les plus désastreuses et demeuraient fidèles à leur terre. Mais ils ne purent reconstituer leurs vignobles qu'en s'endettant et n'étaient pas encore remis de leurs mécomptes lorsque la mévente des vins provoqua dans les régions viticoles une sorte de révolution.

La mévente de vins - Elle fut généralement attribuée à la fabrication massive de mauvais vin, grâce au sucrage artificiel. Le bon vin des vignes ne se vendait plus même un sou le litre. Les propriétaires demandèrent sans succés des lois pour lutter contre la fraude, et rendre au vin, produit naturel, sa vraie place.
D'énormes manifestations, groupant cent à deux cent mille personnes, se déroulèrent dans toutes les grandes villes du Languedoc : trains pris d'assaut, villes envahies, foules campant dans les rues et sur les places, donnaient à la région une agitation dangereuse. L'impôt ne fut plus payé, les municipalités démissionnèrent et les électeurs refusèrent dans désigner de nouvelles. Le gouvernement fit arrêter le maire de Narbonne et cita devant les tribunaux les chefs du mouvement. Le plus populaire, Marcellin Albert, d'Argeliers, avait pris sur ses compatriotes une prodigieuse influence.
A Narbonne les évènements tournèrent au tragique. La foule ameutée, fit des barricades, mit le feu à la sous-préfecture et se heurta à la troupe. Il y eut des morts et des blessés. L'agitation fut enfin apaisée par une loi contre la fraude : chaque propriétaire dut déclarer, chaque année, à la mairie, la surface qu'il cultivait en vignes et la quantité de vin produite. la mévent s'atténua, et le prix du vin remonta.(13)

A Baraigne, le village était à vocation essentiellement agricole, et en cette fin de 19e siècle d'autres métiers apparurent.
Un nouveau moulin à vent fut construit sur la colline nord, il tourna sans interruption jusqu'en 1955. Toute la population lui amènait son blé pour le four à pain communal.
Au début de 1900, la commune comptait hormis le menier, deux artisans maçons et un café-épicerie.

Retour

1900 - 1950 Les deux Guerres

La Première Guerre Mondiale
Après la perte de population des années 1860, la guerre de 1914-1918 fut une seconde catastrophe démographique pour la région. Plus de 20% des jeunes entre 18 et 25 ans ne survécurent pas aux combats et avec le taux de mortalité des rescapés, c'est un tiers de la population active qui disparut du Lauragais.
A Baraigne neuf hommes ne revinrent pas dans leur famille.
Les conséquences sur l'économie de la région fut dramatiques. Femmes, enfants et vieillards qui avaient remplacés les hommes pendant la guerre, ne purent assurer pleinement les besoins de la terre. Dés la fin de la guerre, une main-d'œuvre étrangère importante arriva dans la région, surtout les espagnols à l'est dans la région des vignes et plus tard les italiens dans l'ouest Lauragais. Fuyant à leur tour les régions ravagées par la guerre, notamment la révolution espagnole de 1936.(5)
Aprés 1918, la prospérité fit des progrés étonnant et avant 1930, l'Aude était un des plus riches départements agricoles de France. Cette prospérité permit la transformation de nombreux villages et villes, surtout Carcassonne et Narbonne. Les fêtes du bi-millénaire de la Cité de Carcassonne furent un des grands évènements français de 1928.

Le seconde guerre
Bien sûr de nombreux jeunes et rappelés quittèrent Baraigne le 1e septembre 1939 pour une seconde mobilisation générale. Mais ce n'est qu'en 1942, lors de l'occupation de la zone sud, que les troupes allemandes firent éruption dans la région.
Le Mas Stes Puelles fut fortement éprouvé. Une formation S.S. stationnait à la Garrigue et un poste permanent de "Mongols" surveillait le trafic ferroviaire de la gare. Une dizaine de jeunes résistants constitués en maquis au domaine de Colombiers, se firent remarquer en détruisant des pylônes électriques de la SNCF à Ricaud et en sectionnant, au Ségala, la caténaire de la ligne électrique du chemin de fer.
A Avignonet, l'aviation américaine bombarda un train de militaires nazis.
Baraigne, au milieu, vit passer quelques troupes allemandes, notamment au moulin. Par crainte, le village fut plusieurs fois évacué, mais aucune exaction grave ne fut signalée.

 
Baraigne 1934
Baraigne hiver 1934

Plus de 50 réfugiés du nord de la France et de Belgique restèrent quelques mois dans la commune, protégés et nourris par la population, certains ne quittèrent Baraigne que dans les années 50 et reviennent toujours aujourd'hui dans la région.
Un seul baraignois, prisonnier en Allemagne fut victime de la folie des hommes.

Retour

1950 - 2000 Le second souffle

Si cette dernière guerre fut dans la région moins meurtrière que la première, la population de la région continua de décliner.
En 1950 les premiers tracteurs apparurent et révolutionnèrent la base de la vie dans la région : l'agriculture.
Mais là où une dizaine d'hectares suffisait à faire vivre une famille, il en faut cent aujourd'hui.
A Baraigne, seul quatre agriculteurs se partagent les terres de la commune. Aidés par le remembrement de 1990 qui au prix de l'industrialisation de l'agriculture, détruisit la campagne.
Heureusement pour la région, à partir de 1960, sous l'influence de Toulouse, la population du Lauragais se stabilisa puis progressa. Dans le secteur tertiaire, l'influence de la mégapole s'étend aujourd'hui dans tout le sillon Lauragais jusqu'à Carcassonne. (5)
Mais la Piége resta longtemps à l'écart de ce nouveau souffle. Les cantons de Fanjeaux, Belpech et Salles sur l'Hers se vidaient inexorablement, les conditions de vies y devenaient très difficile.
A Baraigne en 1970, ce second déclin était très sensible, l'agriculture devenait très exigeante en surface, pour beaucoup de jeunes c'était le départ.
La municipalité l'a comprit en organisant une restructuration de l'habitat vieillissant. Ce sera la création du lotissement communal en 1980. Aujourd'hui entièrement occupé par des jeunes ménages qui travaillent à Castelnaudary et même Toulouse. Et pour les retenir la création de structures sociales (foyer municipal, tennis...). Le résultat ne ce fait pas attendre auprès d'une génération qui travaille en ville mais par ses racines apprécie pleinement la qualité de vie du Lauragais, en dix ans la population augmente de vingt pourcent.
Aujourd'hui Baraigne est à la croisée des chemins... L'agriculture a atteint ses limites, l'histoire de Baraigne ne commence elle qu'à se découvrir. Pourquoi ne pas l'utiliser à faire revivre le patrimoine, vers un avenir qui s'appelle : tourisme.

© Serge Delestaing 1999/2002



Bibliographie
(1) Daniel BONHOURE – Avignonet Lauragais – SI, MJC et Commune d’Avignonet 1989.
(2) Michel ROQUEBERT - L'Epopée Cathare "L'Invasion", "Mourir à Montségur" - Privat 1970
(3) Elie GRIFFE - Le Languedoc Cathare "1190 à 1210" - Letouzey & Ané 1971
(4) Inconnu - Histoire de Mas Ste Puelles
(5) Jean ODOL - Lauragais - Privat 1995
(6) Abbé SABARTHES - Histoire du clergé de l'Aude 1789-1803
(7) Abbé Jean BIAU - Une centenaire, l'église de Labastide d'Anjou 1989
(8) François FURET et RICHET - Histoire de la Révolution Française p.501
(9) Recherches de Gaston TISSINIER aux Archives de l'Aude 1984
(10) C.AMIEL, D. BAUDREU, C.MARQUIE, J.PINIES, J.PONS - Aude - Bonneton 1994
(11) Georges FOURNIER - La Révolution dans l'Aude - Horvath 1989
(12) René NELLI - Le Languedoc et le Comté de Foix - Gallimard 1958
(13) R.PLANDE - Géographie et histoire de l'Aude - France Nouvelle 1944
(14) Patrick MERIENNE - Atlas Mondial du Moyen Age - Ed.Ouest france 1997
(15) Paul TIRAND - Castelnaudary et le Lauragais Audois - Eché 1988

Edition : © SD 2012 with Dreamweaver 8