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TERMINOLOGIE TYPOLOGIQUE DE LA CROIX
D'après l'étude de Léo BARBE (Bulletin de la Fédération Archéologique de l'Hérault 1979)

V - TYPOLOGIE DES CROIX EMBLEMES D'ORDRE RELIGIEUX ET D'HERESIES

Nous ne ferons ici qu'effleurer la question avec les sujets concernant plus particulièrement les spécialistes des stèles discoïdales. Dans les ordres religieux, en effet, les croix emblèmes sont légion, du fait que presque tous en ont senti le besoin, qu'ils en ont changé plusieurs fois en fonction de l'histoire de l'ordre et qu'ils en avaient parfois plusieurs, en fonction de la hiérarchie, suivant qu'il s'agissait de la congrégation masculine ou de la féminine, etc.
Tenter une liste typologique représenterait un travail considérable qui resterait certainement incomplet et très difficile à mener à bien faute de documents suffisamment précis et indubitables comme on le verra plus loin. Nous ne nous intéresserons donc qu'à ceux qui ont été souvent évoqués dans notre spécialité de monuments funéraires.
Croix Malte

CROIX DE MALTE : cette croix qui semble ne devoir poser aucun problème a pourtant été fort souvent mal comprise aussi bien par les lexiques et glossaires que par les auteurs. C'est la croix des armes de Malte qui devint l'emblème des chevaliers de Malte lorsque ces derniers prirent ce nom, après que Charles Quint leur eût cédé I'île en 1530. C'est une croix à branches égales évasées, dont les extrémités sont en queue d'aronde. En chronologie elle implique une date a quo 1530.

Croix Templiere


CROIX TEMPLIERE :
quelle qu'elle soit, elle implique une date ad quem 1312, année qui vit la disparition totale de l'ordre. On voit donc qu'une confusion entre les deux serait beaucoup plus que regrettable. Or, le risque est grand, car les biens des Templiers après leur éradication furent dévolus à d'autres ordres, en particulier aux Hospitaliers de St Jean de Jérusalem, qui prirent ensuite le nom de chevaliers de Rhodes puis encore, plus tard, celui de chevaliers de Malte. La superposition chronologique de ces ordres dans les mêmes biens fonciers a déjà entraîné bien des interprétations beaucoup plus que hasardeuses. Les documents iconographiques divers dont nous disposons sont difficiles à attribuer avec certitude et tout aussi délicats à dater, et chaque auteur a retenu le sien en vertu de critères personnels. Pour les uns, c'est la croix latine, pour les autres, la croix latine pattée, pour certains la croix grecque la croix à branches évasées, voire la croix de Malte postérieure pourtant de trois à quatre siècles, ou bien celle a double traverse.

L'ordre du Temple a déjà été chargé de tous les péchés d'lsraël, paix à ses cendres et de grâce ne lui imputons pas toutes les croix dont nous ne savons que faire. A l'heure actuelle, la terminologie « croix templière » comme celle plus tempérée « de croix de tradition templière » est extrêmement litigieuse et à éviter tant qu'un travail ponctuel sur la question n'a pas établi une typologie indubitable. Pour l’instant, tout ce que l'on sait avec certitude, c'est qu'elle était rouge en fonction des prescriptions du pape Eugéne III et que vraisemblablement, il n'y avait pas de codification quant à la forme. En effet, les prescriptions sont également connues pour la couleur des croix des autres ordres : blanche en champ de gueule pour les chevaliers de Saint Jean de Jérusalem suivant les instructions du pape Innocent II en 1130, verte pour l'ordre de Saint Lazare noire pour les chevaliers Teutoniques; cette importance donnée à la couleur peut laisser entendre que c’était justement le seul moyen de distinguer ces emblèmes sans quoi la forme en aurait été précisée par la même occasion.

Croix de Jerusalem

CROIX DE JERUSALEM : il faut entendre par là la croix des armes du royaume de Jérusalem une croix d'or potencée et cantonnée de croisettes, celle dont Baudoin accorda le port comme emblème aux chevaliers du Saint Sépulcre.
Cette croix était la preuve du pèlerinage fait au St-Sépulcre de Jérusalem. Elle était portée cousue ou épinglée sur le vêtement, également en médaille.

(Musée de Cluny, Paris)
(Photo Geo

"Comment peut-on adorer la croix sur laquelle est mort le fils de Dieu? Qui serait assez bête pour se prosterner devant le baton qui l'a frappé?"

Paroles de Parfait en 1320.

CROIX CATHARE : encore plus litigieuse que la croix templière car il semble bien que les cathares n'eurent jamais besoin d'une croix emblème particulière. Pour certains, comme M. Vidal, c'est une simple croix grecque pattée et l'épatement serait caractéristique de la croix cathare. Pour d'autres, comme R. Dorbes et D. Roché c'est une croix grecque à douze perles. Pour R. Nelli « la croix cathare attestée », il ne dit pas par qui, ni pourquoi, est une croix grecque surmontant un V renversé.
Comme on le voit, les tenants d'une croix spécifique aux cathares ne sont pas d'accord. En réalité, aucun texte relatif aux procès d'inquisition ne fait la moindre allusion à une croix particulière et aucune des démonstrations tentées pour en justifier une n'est vraiment crédible; les arguments avancés ne sont que des postulats, les sources invérifiables; quant aux hypothèses de base, elles trouvent toutes sans peine des explications tout à fait orthodoxes. Cet emblème ne semble donc être qu'une vue de l'esprit que l'on doit laisser aux tenants à tout crin d’un ésotérisme inconditionnel et aux syndicats d'initiative.
Croix Huguenotte

CROIX HUGUENOTE : reconnue comme signe d'appartenance à l'église réformée, elle est postérieure évidemment à la Réforme et connue surtout sous forme de pendentif. Elle se présente comme une croix de Malte plus ou moins typique, perlée à ses huit pointes et nimbée, ce nimbe étant parfois une couronne fleurdelysée. Elle peut aussi comporter, suspendue à la partie inférieure, une petite colombe ou une larme, Ne pas confondre avec la croix honorifique de l'ordre du Saint Esprit qui se présente de même, mais où la colombe, obligatoire, est figurée à la croisée des branches.

Croix Papale

CROIX PAPALE : parce que constituant l'emblème du souverain pontife. C'est une croix à double traverse à laquelle on a ajouté une troisième traverse, la plus longue, dans la partie basse; cela sans doute pour des raisons hiérarchiques, la croix à double traverse étant déjà appelée aussi patriarcale; on a aussi proposé le rappel des trois couronnes successives qui ornaient la tiare, autrefois de forme conique.

(Pape Jean-Paul II, Cité du Vatican

 

CROIX ANTHROPOMORPHE : On ne peut ici préciser une typologie extrêmement variable. Précisons seulement qu'on entend par là une croix réalisée dans le but d'unir symboliquement la croix et le crucifié. C'est donc là un terrain piégé où le subjectif tient une grande place, c'est un champ idéal pour nos collègues qui aimeraient croiser le fer, On n'utilisera donc cette terminologie qu'après mûres réflexions.




CONCLUSIONS

Nous venons d'envisager la plupart des variétés de croix que l'on rencontre dans l'étude des monuments funéraires, de l'art religieux, de la numismatique, etc. Sans doute cette liste n'est pas complète, et ne peut l'être, ne serait-ce qu'en raison de l'imagination et des possibilités créatrices des artistes.
Nous rappellerons toutefois que son but principal est surtout de fournir une base de départ uniforme aux auteurs, d'attirer leur attention sur la responsabilité qu'ils encourent en utilisant à la légère une terminologie pouvant avoir des implications qu'ils ne soupçonnent pas, d'éviter désormais les confusions et les erreurs trop fréquentes dans le passé.

Avec l'aimable autorisation de Léo BARBE (Bulletin de la Fédération Archéologique de l'Hérault 1979)



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