France

UK
TERMINOLOGIE TYPOLOGIQUE DE LA CROIX
D'après l'étude de Léo BARBE
(Bulletin de la Fédération Archéologique de l'Hérault 1979)

IV - TERMINOLOGIE DE DIFFERENTS TYPES DE CROIX EN FONCTION DE L'USAGE

Il ne saurait être question ici, en dehors de deux ou trois cas, d'établir une typologie précise. L'usage fait d'une croix pour tel emploi particulier n’entraîne pas, en effet, l'obligation d'un type strictement codifié, dans sa forme ou sa décoration. Par contre, quelques adaptations particulières sont parfois indispensables pour remplir une fonction précise et ce sont celles-ci qui nous permettront d'établir une terminologie.
Croix 1

CROIX MANUELLE : il peut s'agir de croix de tous types dont la caractéristique sera de comporter une petite poignée dans le prolongement de l'axe principal, permettant de la tenir en main et de la montrer aux fidèles. Elles ont servi pour des cérémonies de bénédiction, d’où le nom de croix de bénédiction qu'on leur donne parfois mais qui nous semble moins évocateur de l'aspect de l'objet, d'autant qu'elles ont servi également pour la cérémonie dite « baiser de paix ». Devenues rares en Occident, elles sont toujours en usage chez les coptes et les orthodoxes.

(Tissu copte provenant des fouilles d'Akhmin).

Croix 2

CROIX HAMPÉE : la croix elle-même peut aussi être de tous types; elle se caractérise par une longue hampe permettant de la montrer cette fois au-dessus de la foule; I'usage le plus fréquent est la conduite des processions, d'où le nom de processionnelle qu'on lui donne parfois mais qui ne doit pas être retenu car trop spécialisé. En effet, de telles croix sont aussi réservées à l'accueil de l'Evêque, à conduire le pape à l'église de la statio, d'où le nom de stationale employé parfois abusivement, elles peuvent être aussi réservées à la conduite du mort au cimetière. On s'en tiendra donc à la terminologie proposée suffisamment évocatrice de l'objet et qui ne risque pas de compromettre l'auteur par une précision le plus souvent incertaine.

Croix 3

CROIX FlCHÉE : caractérisée par la partie qui prolonge la branche inférieure et se termine en pointe après une diminution progressive, comme pour permettre de ficher la croix dans le sol. Ce type assez rare semble, par sa situation la plus fréquente sur les dalles tumulaires en relation avec un usage funéraire. Ne pas confondre ce type avec des croix munies également d’un appendice effilé, mais moins long, qui ne serait autre; que la soie permettant la fixation sur une hampe disparue.

Croix 4
CROIX PECTORALE : destinée à être portée sur la poitrine, elle comprend donc obligatoirement un anneau ou dispositif de suspension. On évitera les terminologies « pastorale » et « épiscopale », cette fonction n'étant ni certaine ni exclusive. Les plus remarquables sont d’époque mérovingienne et parfois abriter un fragment de relique.
Croix 5

CROIX VOTIVES : réalisée en exécution d'un vœu ou comme offrande. Ce type est en général luxueux et également muni d'un anneau de suspension pour la mettre en évidence en un lieu particulier, parfois un second anneau à la partie inférieure pour ajouter une ornementation supplémentaire.

(Trésor de Monza, d'aprés Hoppenot).

Croix 6

CROIX CIMETÉRIALE : toujours de grande dimension elle n'a d'autres caractéristiques que sa situation au centre du cimetière. Elle résulte d'une cérémonie très particulière de consécration du terrain qui le rend propre désormais à cet usage. Son érection s'accompagne de celle d'autres croix, qui, elles, ne sont pas toujours définitives aux quatre points cardinaux, pour limiter le terrain liturgiquement consacré. On évitera la terminologie de croix hosannière quelquefois utilisée dans ce cas car elle n'est ni très précise ni exclusive.

(Centre cimetière Baraigne, Aude)

Croix 7

CROIX D'ABSOLUTIONS : il s'agit de croix que l'on trouve dans les sépultures, déposées sur la poitrine des morts ou à leurs pieds, parfois aussi cousues à leurs vêtements et comportant de ce fait de nombreux trous pour le passage des fils. Il y en a beaucoup en plomb, quelques unes en argent ou en pierre. On ne connaît pas exactement l'usage correspondant; toutefois, il en existe plusieurs sur lesquelles sont gravées des formules d'absolution qui éclairent suffisamment la question. Pour les croix qui sont cousues sur les vêtements et qui sont généralement de minces feuilles d'or on évitera la qualification de « croix lombardes » utilisée jusqu'ici car elles étaient surtout fréquentes en Italie du Nord, on en connaît maintenant dans d'autres régions, sans relations avec les Lombards.

(Feuille d'or cousue, Musée de Turin, Italie)

Croix 8

CROIX TRIOMPHALE : on peut réserver ce nom à deux types très différents mais qui remontent à la même époque, celle du triomphe de l'Eglise. Le premier type, de très grande dimension, concerne les croix occupant la plus grande partie de l'abside, qu'elles soient peintes ou en mosaïques. Le second réservé plutôt à l'orfèvrerie, à la glyptique, à la numismatique, est caractérisé par le fait que la croix surmonte le globe du monde.

(La croix est ici potencée, monnaie Mérovingienne)

Croix 9

CROIX DES ROGATIONS : édifiées en zone rurale aux points cardinaux des petits villages, à l'usage des cérémonies destinées à bénir les cultures, elles sont caractérisées par un socle important, ménageant une sorte de petit autel sur lequel des offrandes étaient déposées.

(Environs de Baraigne, Aude)

Croix 10

CROIX DE MISSION : presque toujours datées des XVIII le et XIXe siècles, elles concrétisent une série de prédications et de cérémonies de prières généralement organisées par un prédicateur spécialisé. Elles sont caractérisées, outre la date, par un socle important, et sont généralement de fonte ou de fer forgé.

(Environs de Baraigne, Aude)

 

CROIX DE DÉDICACE : Ce sont des croix gravées ou peintes sur les murs et les piliers des églises, généralement inscrites dans un cercle, au nombre de douze et sur l'emplacement desquelles ont été faites les onctions rituelles indispensables, la cérémonie de la consécration équivalant à un baptême.

 
CROIX RELIQUAIRE : le seul caractère particulier, spécifique à cette fonction, réside dans le logement qu'elle comporte, destiné à abriter un fragment de relique plus ou moins important.
Croix 11

CROIX D'AUTEL : indispensable depuis la plus haute antiquité pour le sacrifice de la messe, elle a connu comme la précédente tous les styles et toutes les décorations possibles. Sa caractéristique principale toutefois est restée la même: un trépied qui permet de la placer sur l'autel où elle ne pouvait toujours rester en permanence en raison de sa richesse.

(Eglise de Baraigne, Aude


Enfin, les croix de chemin, de carrefour, de foire, de pont, de sommet, n'ont d'autres caractéristiques que leur emplacement de même que les croix de clocher, ou les antéfixes au pignon des églises.

V - TYPOLOGIE DES CROIX EMBLEMES D'ORDRE RELIGIEUX ET D'HERESIES

Edition : © SD 2012 with Dreamweaver 8